Mardi 23 septembre 2008



           Et Viva  España !!! 

 

 

 

 

 

Mélissa, métisse d’Ibiza, s’y prélassait toute nue. Les voluptés entrevues au palais du grand Pharaon me revinrent en mémoire.

Est-ce cet échauffement ou celui du soleil ardent qui me fit me glisser entre les orteils de la belle ?

J’y restais assez longtemps pour être transporté en Andalousie. La belle Mélissa vint, peu après, y chercher du travail dans une plantation de grenades, pour pouvoir manger.

La petite particule infinitésimale de poussière qui me servait d’habitacle abandonna l’orteil qui m’avait hébergé, à l’occasion d’un bain de la belle, dans un affluent du Guadalquivir.

Transporté par l’eau vive, puisé par une noria qu’actionnait un bourricot, je servis à irriguer un champ de grenades.

Je repris, dans un grenadier,  l’itinéraire déjà suivi naguère dans le cep romain et me logeais bien au frais dans la pulpe d’une grenade. Ce gros fruit juteux fut porté dans une noble maison d’Avila, après un long trajet à travers le sud de l’Espagne jusqu’à la province de Castille.

La vie est un éternel recommencement !

Un jeune et fier Hidalgo, d’une vingtaine d’années, me croqua à belles dents pour se désaltérer après une de ces joutes amoureuses auxquelles il consacrait le plus clair de ses soirées.

Le processus digestif m’assigna comme poste … le prépuce de Fernando !

Ce n’était certes pas le Saint-Prépuce ! Ce Saint-Prépuce que la foule des croyants, infantile et crédule, vénérait un peu plus au nord, en Galice, à St-Jacques de Compostelle. Et, merveille d’ubiquité, en même temps au Puy-en-Velay, à Anvers, Coulombs près de Chartres, Besançon, Metz, Hildesheim, Charroux, Langres, Fécamp, Calcata, etc…  sans compter Rome bien sûr !

Sans que cela émotionne la Curie Romaine, les héritiers de mon Maître Saint-Pierre !

Curie romaine, quelle est ton incurie ! si ce n’est ton impudence !

Cette curie qui, 1880 ans après ma naissance  en Judée, promulguera, sans aucune pudeur, le dogme de l’infaillibilité pontificale. Cependant, cet infaillible berger condamna Galiléo Galiléi sur sa théorie de l’héliocentrisme et mit à l’index, plus récemment, le jésuite Teilhard de Chardin, le plus éclairé de ses ouailles. Ce pape « vieille idole que l’on encense par habitude » selon Voltaire, institua en 1854 le dogme de l’Immaculée Conception, vocable que l’on mettra dans la bouche de la petite Bernadette Soubirous quatre ans plus tard.

Y-a-t-il un chrétien sur cent qui sache ce que recouvre ce vocable ? il voudrait faire accroire qu’Anne, mère de Marie aurait conçu sans connaître  son époux ! Et ceci pour perpétrer la Tradition de la vierge-mère connue de nombreuses antiques civilisations.

Si vous saviez, Curie Romaine, ce que votre théologie de séminaristes importe peu au peuple !

Cependant « Les voies de Dieu sont impénétrables »… il y eut Bernadette Soubirous et ce pieux mensonge entraîna l’engouement des foules pour Lourdes.

Lourdes, et la ferveur qui en découla et où intervinrent des miracles. Car des miracles, à Lourdes, il y en a !

J’en suis témoin.

J’ai assisté à l’un d’eux. Ou du moins à une guérison  que je sais être miraculeuse.

 La hiérarchie catholique ne reconnaît  qu’avec une extrême circonspection les guérisons comme « miraculeuses ».

Entre 1897  et 1910 sur 33 cas de guérisons présentés  au bureau des constatations médicales de Lourdes, une dizaine d’entr’elles datent d’un 21 Août !

Pourquoi à cette date précise ? Pourquoi tant en Août , aux alentours de la fête de l’Assomption ?

Très certainement parce qu’il y a, à cette époque, un pic de la ferveur populaire et que le miracle naît de cette ferveur populaire.

J’ai cru percevoir quelques bribes de son élaboration. D’autres, plus savants que moi, affineront mon analyse

C’est une ébullition des électrons, transcendés par la Foi, cette Foi que Jésus savait capable de déplacer les montagnes, qui, outrepassant les prérogatives de la Matière, fait voir un aveugle alors même que le nerf optique demeure atrophié.

 

Mais pour l’heure j’étais en Castille, de l’autre coté des Monts Pyrénées, dans la vieille ville d’ Avila.

Et sur le prépuce de Fernando !

On ne choisit pas son lieu de naissance… ni celui de sa mutation parfois. J’aurais préféré sa lèvre avantageuse ou son brun sourcil soupçonneux . C’était mon Destin !

Fernando, plusieurs fois par semaine me menait, à la pointe de l’attaque, à l’assaut de mystérieuses grottes  aux ruisselantes cascatelles.  Là se déroulaient de furieux combats. Une exaltation extrême animait les électrons de mon voisinage et je n’étais pas en reste. Des tourbillons insensés nous entraînaient. Que Saint-Pierre me pardonne, cela m’excitait plus que d’être collé sur un roc des catacombes romaines !

Je m’accrochais hardiment. Mais, au cours de ces combats il y avait, fatalement, échange de particules et ce qui devait arriver, arriva.

Un soir de fougue hystérique, je me fixais  sur le clitoris turgescent, resplendissant comme le phare d’Alexandrie de Dona Teresa de Cepeda y Ahumada.

Cette ardente et délicieuse fille,  qui n’avait pas encore dix-sept ans,  était animée d’une juvénile fougue qui faisait merveille au joli jeu du « pousse avant » !

La liberté des mœurs permettait alors des joutes amoureuses sur lesquelles, quelques siècles plus tard, on jettera l’anathème.

Dona Teresa de Ahumada me mena à quelques rudes combats.

Et puis, plus rien !

Un chagrin d’Amour, comme seuls peuvent en avoir des êtres brûlants comme des flammes, transfigura la belle.

Brusquement, elle demanda à entrer au Carmel !

Cette fantastique Energie qui l’habitait, elle la mit au service de la propagation de la Foi. Mais une telle Nature, avec l’expérience de sa jeunesse dorée, lui faisait ressentir fréquemment un sentiment de frustration intense, un « manque » physiologique.

Alors, ma Maîtresse entrait dans des crises d’hystérie qui défrayaient la chronique du couvent. Elle décrit, elle-même, son ressenti avec une honnêteté  totale, même si l’analyse de ses tendances profondes lui échappe :

«  Je voyais donc l’ange qui tenait à la main un long dard en or dont l’extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semblait qu’il le plongeait parfois au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait tout entière embrasée d’un immense amour de Dieu. »

Quand Teresa entrait en transes, c’était un charivari effréné qui entraînait les électrons. Et j’étais aux premières loges, tant l’excitation sexuelle imprégnait ces débordements. Mais telle est la nature humaine que ces transes se transformaient souvent en extases.

Teresa sublimait son Energie dans le but qu’elle s’est fixé : Être le porte-parole de la bonne Parole ! Elle communiait, en esprit, avec son modèle, le Christ. Elle atteignait des sommets jusqu’à parvenir à la transverbération. Elle resplendissait comme un soleil d’avril. Tous les électrons, alors, se libéraient !

Et c’est  à l’occasion de l’une de ces transes extatiques que je migrais dans le sang de Teresa.

De ce jour, je visitais donc, emporté par le flot sanguin toute l’anatomie de mon hôte. Et j’eus, bien évidemment, l’occasion de passer par le cœur dont je remarquais la déchirure décrite, bien plus tard, après son autopsie, par son chirurgien.

Comment cela se pouvait-il ?  Puisque le cœur de Jésus, je le savais de source sure, n’avait pas été percé d’une lance !

Miracle de l’idéoplastie.

 L’Esprit, et singulièrement l’esprit exalté,  est capable de modeler la Matière.

Teresa revivait, en esprit, la Passion du Christ telle qu’on la lui avait dépeinte, et s’identifiait si puissamment à lui que son corps épousait le ressenti de la Passion.

Combien de stigmatisés ont reproduit, chacun selon sa vision personnelle, les plaies des mains et des pieds du Christ. Moi, qui étais présent, je ne suis pas sûr qu’il ait été cloué sur la croix et si l’orthodoxie catholique  parle de clous, d’autres textes laissent supposer une ligature des extrémités, bien plus conforme aux usages  des troupes romaines. Peu importe, au demeurant ; ce qui est sûr c’est le fait que chacun reproduit les stigmates selon sa propre vision ; cela suffit à prouver que le phénomène est inhérent  à l’esprit de celui qui le reproduit.

Pendant une cinquantaine d’années, je vécus en symbiose avec celle qui devait être plus tard canonisée sous le nom de Sainte-Thérèse d’Avila.  Ce furent des années heureuses, tant il est dit que nos fréquentations  nous forgent l’âme. Même si un électron  est considéré  comme purement matériel, vous savez maintenant depuis que vous me lisez, qu’il n’en est rien  et que l’esprit nous habite aussi.

Teresa mourut en octobre, mil cinq cent cinquante ans après son modèle. Le corps ne fut pas embaumé, il fut inhumé dans une fosse profonde, comblée avec un mélange de pierres, de chaux et de terre humide. Je l’y accompagnais, sans trop d’appréhension, subjugué par les parfums qu’exhalait sa dépouille.  La fosse exhalait une pénétrante odeur de violette, d’iris et de lys.  Ces parfums persistèrent des mois. A tel point qu’en Juillet suivant, on décida de rouvrir la fosse. On trouva un cadavre dont les vêtements étaient entièrement corrompus, qui était totalement recouvert de mousse, mais intact, et pénétré d’une sorte d’huile odoriférante. Le fait peut paraître incroyable. J’ai appris depuis, en côtoyant des électrons qui avaient fréquenté  des cerveaux de savants théologiens que cent soixante dix huit ans après, les constatations furent identiques. C’était la onzième fois qu’on exhumait le corps de Ste-Thérèse d’Avila. Il demeurait imputrescible ! Moi qui avais craint, au moment de sa mort, de devenir asticot ! Sur l’instant, en ce mois de juillet, on le nettoya, et l’on constata que la chair restait flexible comme au jour de la mort, douce, blanche et qu’une huile coulait goutte à goutte de tous ses membres. Les religieuses lavèrent le cadavre, l’enveloppèrent de vêtements neufs,, lui laissant simplement sa tunique de dessous, demeurée intacte. Elles la déposèrent dans une caisse de bois très solide. Avant de fermer, le Père Gratien détacha la main gauche qu’il voulait porter à Avila. Pour ce faire il usa d’un scalpel  en acier de Damas.

L’acier vous semble substance impénétrable ? Quel leurre !

La Matière est essentiellement composée de vide, comme les physiciens modernes l’ont découvert. Rien ne me fut plus facile, au contact de la lame, que de quitter l’hématie qui me portait pour pénétrer le métal. Le tombeau me pesait, je voulais revoir le monde.

Mon premier espoir fut déçu. Je côtoyais assez longtemps, dans une boite métallique, scalpels, lancettes et autres petites érines qui se lamentaient sur les malheurs du Monde. Jusqu’au jour où le Père Gratien me transféra, sans que je sache le motif, dans une trousse de voyage que je partageais avec des simples et notamment des herbes de Provence : serpolet, origan et lavande.

C’est de l’un de ces électrons de lavande,  que j’appris que le mystère que je venais de vivre n’était pas le plus improbable que l’on puisse rencontrer sur cette planète.

Voici ce qu’il me conta :

Il avait fréquenté une trentaine d’années plus tôt la matière grise d’un médecin provençal du nom de Michel de Nostredame . C’était  un médecin curieux … et un curieux médecin !

Un médecin curieux car il cherchait toujours à découvrir de nouveaux remèdes et, pendant une épidémie de peste dans le Languedoc il préconisa des méthodes qui étonnèrent beaucoup ses confrères. C’était surtout un curieux médecin car il s’occupait bien plus d’astrologie que de médecine. Dans le domaine des étoiles il était incomparable !

Placé, de nuit, sur un trépied d’airain, et usant de fumigations odoriférantes qui le mettaient en état de réceptivité par on ne sait quel mystère, il fit faire à mon acolyte électron  des voyages dans le futur !

Non pas en explorateur isolé, mais en véritables expéditions d’électrons découvreurs qui, après l’extase, réintégraient le cerveau de Michel de Nostredame . Lequel relata ensuite dans des « Centuries » devenues célèbres les évènements du futur.

Cette fantasmagorie me sembla, sur l’heure, être l’invention d’un électron troublé par l’alcool de lavande. Mais j’en eus confirmation par d’autres électrons rencontrés plus tard… et l’ouvrage demeure, que j’ai pu parcourir dans maintes bibliothèques.

A y bien réfléchir, ne flirtais-je moi-même jamais avec le futur ?

 Il me revient  d’avoir fredonné, bien avant qu’ils ne soit composés,  des airs et des rengaines qui seront connus et reconnus par un large éventail du public du futur.

Jean-Emile Charon, physicien et philosophe du XXème siècle, pour élaborer sa vision du monde,  s’est appuyé  sur une découverte fondamentale : les électrons qui constituent le corps humain contiennent un espace-temps qui n’obéit pas aux lois de l’univers quotidien des hommes.

L’homme, à tout moment, et le millésime actuel n’y échappe pas, s’est   toujours considéré comme en état de « finitude »…si je puis dire ; comme s’il était parfait et achevé et qu’il n’avait plus rien à découvrir !

Cependant, depuis que le Monde existe, il y a eu un  « avant l’homme »… il y aura un « après l’homme ». l’homme n’est qu’un maillon de l’évolution. Que l’homme disparaisse, l’homme actuel ne fait-il pas tout pour ça ?

C’est souvent d’ailleurs au nom de Dieu, nom qu’il donne au Grand Tout, qu’il extermine son frère.

Sans doute est-ce dans le dessein du Grand Tout que l’homme disparaisse. Mais est-ce vraiment pour bientôt ?

Chez cet homme qui se veut parfait et fini, je connais, moi, l’univers d’électrons endormis sous son dur crâne obtus.

S’ils ont été créés est-ce  en vain ?

Cependant, Vanité des vanités ! tout n’est que vanité , chez cet animalcule ridicule qui se croit le roi de l’Univers.

Que connaît-il de l’Univers ?

Quand il imagine d’autres globes, il les veut peuplés d’humanoïdes à sa ressemblance. Humanoïdes ? parfois peut-être…  mais moi qui ai visité la planète « Héloïss », en voyage astral, je sais que là, l’hégémonie appartenait au peuple des fourmis. Et, si j’en crois mes liaisons télépathiques, il en est d’autres, de ces globes dérivants dans l’infini, où règnent, en souveraines, les fleurs des champs !

 

A propos de fleurs des champs, si nous revenions à nos moutons ; Ou plutôt à la suite de mes pérégrinations.

J’étais, souvenez-vous-en, dans la trousse de voyage du père Gratien. Sans doute le scalpel a-t-il été oublié dans quelque voiture de poste, car, par des chemins cahotants et après longue route, après avoir franchi les monts Pyrénées, je me retrouvais un soir d’orage dans un relais du Languedoc.
Par ZEF0 - Publié dans : Mon Bouquin
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